Le monde diplomatique (Avril 2023)

Bonheur

En attendant le « retour » du communisme et l’instauration de la Terreur mélenchonienne, les actionnaires des grandes entreprises mondiales ont récolté en 2022 plus de 1 500 milliards d’euros de dividendes, soit plus que la richesse produite au cours de la même année par l’Espagne. Selon les économistes Isabella Weber et Evan Wasner, le taux de profit des entreprises américaines (16 % de la valeur ajoutée brute) a battu un record datant de… 1945. En France, les propriétaires ont touché plus de 80 milliards d’euros au titre de l’exercice 2022, soit 3 % du produit intérieur brut : c’est trente fois le déficit des caisses de retraite attendu cette année et 4,5 fois le montant des « économies » escomptées dans la version initiale de la réforme.

À eux seuls, les actionnaires de TotalEnergies, LVMH, Sanofi, BNP Paribas, Stellantis, Axa et Crédit agricole raflent la moitié du pactole. En théorie, les dividendes rémunèrent le risque encouru par les apporteurs de capitaux. En pratique, ces derniers n’ont rien à redouter puisque l’État néolibéral renfloue avec l’argent du contribuable ces groupes « trop gros pour couler » s’ils viennent à tanguer.

La magie de la politique économique apparaît alors dans sa transparence cristalline : la réforme des retraites — imposée de l’aveu même du président de la République pour rassurer les marchés sur sa détermination à continuer de prendre aux pauvres pour donner aux riches — obligera les salariés à financer par leur travail deux années supplémentaires de profits dont une partie disparaîtra en rachats d’actions exonérés d’impôts et l’autre dans des paradis fiscaux. Le péril rouge est à nos portes.

Pierre Rimbert

les riches se goinfrent sur notre dos